La soie : tout savoir sur cette matière noble
Fibre animale filée par le ver à soie, la soie doit à son origine son éclat, sa douceur et sa fragilité. Son histoire, ses étoffes, son entretien, et les pièces qui valent leur prix.
La soie est une fibre animale : le fil que la chenille du bombyx du mûrier produit pour construire son cocon, dévidé puis tissé. Elle doit à cette origine son éclat, sa douceur et sa légèreté, et aussi sa fragilité face à la chaleur et au frottement.
Comprendre d’où elle vient aide à la choisir et à l’entretenir.
Qu’est-ce que la soie, exactement
La soie naît de la sériciculture, un mot qui désigne à la fois un élevage et une culture. La Bibliothèque nationale de France en donne une définition limpide : « On entend par sériciculture l’élevage du Bombyx (familièrement appelé ver à soie) et la culture du mûrier, dont les feuilles constituent la nourriture essentielle du premier. »
Le ver à soie n’est donc pas un ver, mais la chenille d’un papillon. Elle s’enferme dans un cocon fait d’un fil continu, et c’est ce fil que l’on déroule. Contrairement à la laine ou au coton, formés de fibres courtes qu’il faut filer ensemble, la soie se présente d’emblée comme un filament long, ce qui explique sa surface lisse et son reflet.
On appelle soie grège la soie brute, telle qu’elle sort du dévidage. Elle garde encore la gomme naturelle qui liait le cocon, et prend son toucher définitif une fois décreusée, c’est-à-dire débarrassée de cette gomme.
Du mûrier à l’étoffe : une chaîne de gestes
La soie coûte cher parce qu’elle réclame une longue suite d’opérations, presque toutes délicates. La fiche que l’UNESCO consacre à la sériciculture et à l’artisanat de la soie en Chine les énumère : « la fabrication de la soie comprend la culture des mûriers, l’élevage des vers à soie, le dévidage de la soie, le filage, ainsi que la conception et le tissage des étoffes ».
Chaque étape peut faire perdre en qualité. Un élevage mal nourri donne des cocons irréguliers, un dévidage brutal casse le fil, un tissage trop lâche donne une étoffe qui file. C’est pourquoi deux foulards en pure soie peuvent afficher des prix très différents : la matière est la même sur l’étiquette, le travail ne l’est pas.
La fiche de l’UNESCO rappelle aussi la dimension humaine de cette chaîne : en Chine, ce savoir-faire se transmet au sein des familles et de maîtres à apprentis, et il est traditionnellement dévolu aux femmes dans les régions rurales où il se pratique.
De la Chine à Lyon : une histoire de secret et de monopole
L’histoire de la soie commence en Chine et reste longtemps un secret bien gardé. Le site Patrimoine Lyon la résume ainsi : « La soie fut d’abord une découverte chinoise (XVIIe-XIe siècles av. J.-C.). Elle le restera jusqu’au VIe siècle, époque où des vers à soie et la technique de fabrication furent subtilisés et ramenés en Occident. »
En France, l’art de la soie s’installe d’abord en Provence, puis les rois s’en mêlent. La Bibliothèque nationale de France rappelle que la première manufacture de soieries, fondée à Tours sur l’ordre de Louis XI, fit appel à des artisans venus d’Italie. Lyon prend ensuite l’avantage : elle obtient en 1540 le monopole de l’importation des soies grèges, et le métier Jacquard, mis au point en 1801, y fait entrer le tissage dans l’ère industrielle.
Le XIXe siècle est celui des canuts, les ouvriers de la soie de la Croix-Rousse, et de crises profondes : les maladies du ver à soie ravagent les élevages européens jusqu’à ce que Louis Pasteur en identifie la cause. Cette histoire explique pourquoi Lyon reste associée à la soie, et pourquoi le mot soierie y désigne encore tout un monde de métiers.
Voir la soie de près, à Lyon
Rien ne remplace l’œil pour comprendre la soie. Le musée des Tissus de Lyon en conserve une collection immense ; l’Académie des beaux-arts rappelle que « Le Musée des Tissus de Lyon est officiellement inauguré le 6 août 1891 » et qu’il réunit plus de 2,5 millions de textiles, sur plus de quatre mille ans d’histoire de l’étoffe.
La ville compte aussi des lieux où l’on voit travailler les métiers à tisser, comme la Maison des Canuts et l’association Soierie Vivante, ou des ateliers et boutiques de soyeux, du Vieux-Lyon aux Pentes de la Croix-Rousse, qui vendent carrés, étoles et cravates. Pour une amoureuse des belles matières, une journée entre ces adresses vaut un cadeau.
Satin, crêpe, twill, mousseline : reconnaître les étoffes
La soie n’est pas une étoffe mais une fibre, que l’on tisse de mille façons. Le nom de l’étoffe décrit la manière dont les fils se croisent, et c’est lui qui donne le tombé, le brillant et l’usage.
- Le satin offre un endroit très brillant et un envers mat : c’est l’étoffe de la lingerie, des doublures et des robes du soir.
- Le crêpe de Chine, fluide et légèrement grenu, tombe magnifiquement : blouses, robes, chemisiers.
- Le twill, reconnaissable à ses fines diagonales, tient bien l’impression : c’est l’étoffe des carrés imprimés.
- La mousseline, presque transparente, flotte autour du corps : étoles, manches, superpositions.
- Le taffetas, plus ferme, bruisse à chaque pas et garde sa forme : jupes amples, robes de cérémonie.
Attention au piège du vocabulaire : satin désigne une façon de tisser, pas une matière. Un satin peut être en soie, en viscose ou en polyester. Seule l’étiquette de composition dit ce que vous achetez.
Reconnaître la vraie soie avant d’acheter
Le premier réflexe est de lire l’étiquette : la composition en fibres d’un vêtement vendu en Europe doit y figurer. Cherchez le mot soie, seul ou avec son pourcentage. Des expressions comme toucher soie ou effet soie ne désignent jamais de la soie.
Le toucher donne ensuite des indices. La soie se réchauffe vite au contact de la main, glisse sans être glissante et froisse avec souplesse. Son reflet change avec l’angle de la lumière, avec des nuances plutôt qu’un brillant uniforme.
Le prix, enfin, est un signal. Une chemise en pure soie vendue au prix d’un t-shirt doit éveiller la méfiance. Un seul beau carré en twill de soie vaut mieux que trois foulards effet soie, qui n’en ont ni le tombé ni le toucher.
Laver, sécher et repasser la soie : les bons gestes
La soie s’entretient d’abord en lisant son étiquette d’entretien. Le GINETEX, qui gère les symboles d’entretien des textiles, insiste sur ce point pour le repassage : « La température maximale doit être choisie uniquement sur la base de l’étiquette d’entretien et non en fonction de la teneur en fibres de l’article textile ». Deux pièces en soie peuvent donc supporter des traitements différents, selon leur tissage, leur teinture ou leur doublure.
Quand l’étiquette montre une main dans la cuve, le GINETEX décrit un lavage manuel dans une eau d’environ 20 à 30 °C, avec un détergent doux dissous au préalable, et une consigne qui vaut pour toute pièce délicate : « Ne pas frotter, tirer et essorer. » On rince, on presse doucement pour chasser l’eau, puis on remet la pièce en forme sans la laisser traîner mouillée.
Pour le séchage, le symbole du séchage en ligne à l’ombre est justement illustré, dans le guide du GINETEX, par les textiles délicats en soie : jamais au soleil direct, jamais sur un radiateur. Pour le repassage, le réglage laine et soie correspond à 160 °C au plus, avec un chiffon intermédiaire humide et sans forte pression. Le plus simple reste de repasser la soie à l’envers, encore légèrement humide.
Si l’étiquette interdit le lavage, portez la pièce chez un teinturier en lui montrant le symbole du nettoyage professionnel. Et pour les taches de parfum ou de déodorant, sensibles sur la soie, vaporisez toujours avant de vous habiller.
Ranger la soie d’une saison à l’autre
La soie craint la lumière autant que l’eau chaude. Rangée au soleil ou sous un spot, elle pâlit par endroits et perd sa couleur le long des plis. Gardez-la dans une armoire fermée, sur un cintre rembourré pour les chemisiers et les robes, et roulée plutôt que pliée pour les carrés : un pli marqué au même endroit finit par fragiliser la fibre.
Comme la laine, la soie est une fibre d’origine animale, et les insectes du textile ne la dédaignent pas. Ne rangez jamais une pièce portée sans l’avoir aérée ou lavée selon son étiquette : les traces de transpiration et de parfum sont ce qui les attire en premier.
Pour les pièces précieuses, un carré signé ou une robe que l’on garde pour les grandes occasions, une housse en coton respirant vaut mieux qu’une housse en plastique, qui retient l’humidité. Et sortez-les de temps en temps : une soie que l’on porte vieillit mieux qu’une soie oubliée dans sa housse.
Quelles pièces en soie offrir
Le carré de soie ne se trompe jamais de destinataire : il se porte au cou, dans les cheveux, sur un sac, et ne pose aucune question de taille. Pour l’apprivoiser, notre guide du foulard en soie, comment le porter et le nouer donne les nœuds qui changent une tenue.
La lingerie en soie est un cadeau plus intime, qui demande de connaître les tailles et les goûts ; nos conseils pour offrir de la lingerie fine à Noël aident à éviter les faux pas. La robe ou le top en soie, enfin, font une tenue de fête idéale, à condition de choisir un tombé qui flatte : c’est tout l’objet de notre guide pour bien choisir sa robe du Nouvel An.
En hiver, la soie se glisse aussi sous les pulls, en caraco ou en chemisier fin, et se marie à merveille avec les mailles douces. Si c’est plutôt la chaleur que vous voulez offrir, notre guide du cachemire et de sa qualité prend le relais.
Vos questions
Comment savoir si un foulard est en vraie soie ?
Lisez d’abord l’étiquette de composition, qui doit indiquer la soie. Le mot satin ne suffit pas : il désigne un tissage, qui peut être en polyester. Au toucher, la soie se réchauffe vite dans la main et son reflet varie avec l’angle de la lumière. Un prix très bas pour de la pure soie doit éveiller la méfiance.
Peut-on laver la soie en machine ?
Seulement si l’étiquette d’entretien l’autorise. Le GINETEX rappelle que le traitement se choisit d’après l’étiquette, pas d’après la fibre. Sans indication de lavage en machine, lavez à la main dans une eau tiède avec un détergent doux, sans frotter, tirer ni essorer, puis séchez en ligne à l’ombre.
Quelle est la différence entre la soie et le satin ?
La soie est une fibre, le satin est une manière de tisser les fils qui donne un endroit brillant et un envers mat. Il existe donc du satin de soie, mais aussi du satin de viscose ou de polyester. Seule la composition indiquée sur l’étiquette permet de savoir ce que vous achetez.
Pourquoi la soie coûte-t-elle si cher ?
Parce que sa fabrication enchaîne de nombreuses étapes délicates : culture des mûriers, élevage des vers à soie, dévidage, filage, conception et tissage des étoffes, selon la description de l’UNESCO. La qualité du fil et du tissage fait ensuite varier les prix entre deux pièces qui portent la même mention pure soie.